Beignets de tomates vertes — Camélia Studio

Beignets de tomates vertes

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Pour ce numéro, j’ai lu avec plaisir le roman de Fannie Flagg « Beignets de tomates vertes ». Le titre ne semble pas si engageant mais il cache une vraie perle.

Petite description

Evelyn Couch est une quinquagénaire au bord de la dépression et qui ne trouve du réconfort que dans les pâtisseries et autres sucreries, qu’elle ingurgite avec gourmandise. Lors d’une triste visite à sa belle-mère, qui ne comprend rien aux plaisirs sucrés, elle fait la rencontre de Virginia Threadgood, aussi surnommée Nini. Cette charmante dame de quatre-vingt-six ans va lui raconter, au fil de ses visites, l’histoire de sa vie et de sa famille, soixante ans plus tôt. Elle lui narre l’histoire incroyable de Whistle Stop, petit café au bord d’une voie ferrée au fin fond de l’Alabama et de ses propriétaires. Grâce à Nini et ses anecdotes, Evelyn va reprendre goût à la vie et laissera tomber peu à peu celle qu’elle était pour s’affirmer et devenir une femme plus sûre d’elle.

Je ne peux que faire une critique très positive de ce livre. Il s’adresse très certainement uniquement à un public féminin. Je crains que les hommes ne se sentent pas autant transportés que je l’ai été.

Qu’est-ce qui m’a tant séduit dans cet ouvrage ?

Eh bien, c’est un ensemble. Déjà, cette histoire d’amitié entre Evelyn et Nini. Il est évident qu’elles n’étaient pas faites pour se rencontrer, mais le hasard fait bien les choses. Nini arrive pile au moment où Evelyn a besoin d’être sauvée. Elle sombre lentement mais sûrement dans la dépression. Nini est un personnage tellement vivant, positif et attachant qu’on sait dès le départ qu’Evelyn va être transformée à son contact. Mais peu importe, on a envie d’aller voir plus loin, car la force du roman est d’être un recueil de plusieurs histoires.

Je le reconnais, je me suis sentie agacée par Evelyn. Les héroïnes, qui se lamentent et qui ne sont pas capable de se bouger, ont une forte tendance à me faire bondir. Quel plaisir, ça a été pour moi quand elle a enfin osé sortir de sa coquille, pour devenir vraiment elle-même et plus uniquement l’ombre de son mari.

Et il y a les histoires de la famille de Nini. Elles nous transportent instantanément au fin fond de l’Alabama, on y devine vite l’ambiance de l’époque. Les sujets abordés sont bien plus prenants que la petite vie d’Evelyn. Le roman évoque la grande dépression de 1929, la condition des femmes, le racisme, l’homosexualité et même l’euthanasie. Des sujets tous lourds et pourtant abordés avec tellement de finesse qu’on ne se sent pas terrassé par une vague de tristesse. Le roman est aussi plein d’humour et d’amour.

Cependant, aussi bon soit-il, il y a tout de même une ou deux petites choses qui me font un peu « tiquer ».

Le roman est ponctué par les « Gazette de Weems », le bulletin hebdomadaire de la postière de W.S., Dot Weems. Ça se veut drôle et léger, je n’y ai vu que lourdeur et humour insipide. J’ai trouvé ça insupportable et le reconnais sans honte, j’ai sauté ces passages.

Il y a également la manière dont est abordée l’homosexualité d’Idgie. J’ai du mal à croire qu’à l’époque ce sujet soit passé sans encombre. Au fil de l’histoire, il est évident qu’elle aime les femmes, tout du moins une femme en particulier, mais quand on sait que, même à notre époque, il n’est pas simple d’avouer son homosexualité (même au sein de sa famille), pour elle tout se passe comme si de rien n’était. Personne ne se pose de questions et tout le monde bénit cette union. Ça me laisse tout de même assez dubitative.

Par chance, Idgie est une héroïne résolument moderne et nous fait vite oublier ce défaut. Elle est insolente, indépendante, sauvage et avec une imagination sans limite. J’ai beaucoup aimé deux de ses blagues. La première fait référence à des canards qui auraient dérobé un lac. La seconde à des photographies d’objets qui pèseraient aussi lourd que l’objet pris en photo.

Pour conclure

La dernière qualité indéniable du roman est qu’il est facile à lire. L’écriture est fluide et légère. L’auteure n’a pas besoin d’utiliser de phrases longues, lourdes et alambiquées pour nous donner l’illusion d’écrire des choses intelligentes.

En bref, je crois que mon verdict est clair et sans appel, ce libre est une vraie perle. Je l’ai refermé avec une pointe de tristesse car je l’ai fini bien trop vite.


Cet article est une republication d’un article paru dans l’édition reliée n° 9 de Mag’zine, que vous pouvez toujours aller le lire ici.

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