Giant Robo — Camélia Studio

Giant Robo

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Tout le monde a très certainement ce petit péché mignon qui fait trembler le petit bidon et qui est difficile à avouer en public. Pour certains, c’est de connaître par cœur les répliques de Funny-Man* et, pour d’autres, c’est avouer qu’il existe Giant Robo.

Malheureusement, on va effectivement admettre l’existence de Giant Robo et ça risque d’être des montagnes russes très étranges, entre honte et orgasme. Montez à bord parce qu’il y a une tripotée de choses à dire !

Ici, on va essentiellement parler des sept OAV qui ont été produits entre 1992 et 1997 et faire un petit briefing avant de s’attaquer à notre proie :

Donc, de son petit nom tout entier, Giant Robo : The Day the Earth Stood Still Le jour où la terre s’arrêta »), titre très probablement inspiré par le film éponyme de Robert Wise, est un énorme pot-pourri de divers univers et éléments empruntés à Mitsuteru Yokoyama.

Ce monsieur peut vous être familier si vous avez été bercés par Tetsujin-28 ou Sally la Petite Sorcière, mais il ne s’est pas contenté de cela. A son actif se trouve un paquet de mangas et d’animés qu’il a écrit et réalisé. Autant vous dire ça fait beaucoup, mais deux choses sont récurrentes dans la majorité de son parcours : la science-fiction et l’histoire médiévale sino-japonaise.

De Babel Nisei à Date Masamune, les sujets sont donc restreints mais la force de ces œuvres tient plus dans la narration et l’univers qu’autre chose. Depuis peu, vous devinez, que si une œuvre est cool pour moi, c’est que les personnages sont intelligemment écrits.

Aujourd’hui, ce n’est pas le cas, ou du moins pas tout à fait. Yokoyama ne développe pas ses personnages, il garde des héros plats qui se contenteront de faire le bien du début à la fin, au profit d’un univers plus moralement discutable et profond.

Giant Robo est donc, à l’origine, un manga publié en 1967, qui aura connu une courte parution, du haut de ses deux volumes, il n’a rien d’extraordinaire. Comparable à Tetsujin-28 sur tous les plans, il n’en diffère que sur un seul point : Gigantor est pilotable, Giant Robo ne l’est pas. Imaginez un peu une Eva Berserk mais en plus docile et obéissante.

Mais nous parlons des OAV ici et figurez vous qu’ils ont été réalisés du vivant de Monsieur Yokoyama, mais il n’y a pas participé. La raison qui rend donc ces OAV bien plus intéressants que l’œuvre originale vient d’une idée toute bête du réalisateur Yasuhiro Imagawa, qui voulait rendre hommage au travail et à l’univers de Yokayama-sama.

Et maintenant, que commence la descente en enfer : Parlons enfin de ces OAV. L’histoire pourrait tenir sur un ticket de métro : les gentils vont botter le train des méchants. C’est le résumé d’une super mauvaise blague et, pourtant, aussi ridicule semble-t-elle être sur le papier, elle aura réussi un tour de force incroyable. Originellement prévu pour être un OAV unique, on s’est retrouvé avec six de plus pour faire face à la densité de l’univers et de l’intrigue.

Nous avons un garçon de douze ans, Daisaku Kusama, orphelin et maître d’un robot gigantesque. Son père a créé le robot qu’il pilote au prix de sa vie. Nous avons également une organisation internationale luttant contre les forces du Mal. D’un côté, les gentils nommés Experts de Justice et, de l’autre, les méchants connus sous le nom des Dix Magnifiques.

Chacune des factions a ses secrets et tous les membres ont des super pouvoirs. Notre jeune héros est bien évidemment un gentil et il fera tout pour défendre ce qui lui semble être juste.

Jusqu’à présent, on suit les traces du canon de Monsieur Yokoyama, un gentil tout ce qu’il y a de plus naïf qui avance sans questions, entouré de gens unidimensionnel qui font ce que leur rôle dit de faire. Tu es méchant et tu feras le mal.

Mais voilà, le canon original a été revisité et modifié avec l’arrivée de scénaristes qui ont ajouté de la profondeur aux caractères de nos chérubins.

Finalement, l’histoire du bien contre le mal n’est plus la trame principale, mais une toile de fond devant laquelle les personnages vont se mutiler à maintes reprises, pour enfin donner ce chef-d’œuvre que sont les OAV Giant Robo.

L’univers de Giant Robo est une dystopie, même si, en apparence, on a atteint un certain seuil de paix et de connaissances, il subsiste toujours ce rien qui va tout emporter dans sa chute. Ici, ce sera le miracle énergétique que représente le Shizuma Drive, une énergie renouvelable et non polluante, qui a réglé le problème de la pollution et du risque nucléaire.

Mais la création d’une telle invention ne s’est pas faite sans dommages collatéraux, une catastrophe rayant un pays entier de la carte a permis la réalisation du Shizuma Drive. Accident, sabotage ? Le fait est que cet événement sera le point pivot de l’histoire permettant à l’intrigue d’avancer de façon orchestrée et magistrale.

Les Dix Magnifiques veulent reproduire cette catastrophe à l’aide d’un prototype inconnu de Shizuma Drive et, en face, se dressent les Experts de Justice.

L’histoire commence crescendo, ce ne sont que des escarmouches de part et d’autres pour s’emparer du prototype. Le premier OAV couvre essentiellement l’introduction avec ses scènes brèves, mais démonstratives de la force, du couple Giant Robo et Daisaku, ainsi que des autres membres. Il écrase, éventre et broie tout sur son passage sans la moindre hésitation et ce sera ainsi jusqu’à ce que les premières vérités tombent. La beauté des OAV tient encore une fois dans le développement de l’histoire et de ses personnages, permettant ainsi à notre jeune héros de faire ses armes, pensant définitivement qu’il a raison de poursuivre ses motivations ainsi que sa vengeance.

Ce qu’il est intéressant de noter, c’est également la sensation qu’aucun personnage n’est à l’abri, encore loin d’un Game of Thrones où la sensation que la mort est un personnage principal bien évidemment. Malgré tout, ce sont des morts qui ne sont pas nécessaires à l’histoire mais qui dénotent bien qu’elles apportent quelque chose, que cela soit dans la résolution des survivants ou de leur abandon. L’exemple serait Daisaku refusant de commander Giant Robo par culpabilité et peur d’échouer, blâmant son robot plutôt que lui-même.

À mesure des OAV, le temps s’accélère et les héros se précipitent, les tragédies laissent des marques indélébiles sur les survivants qui en ressortent mentalement diminués, leur foi dans leur cause parfois perdue.

Chaque personnage semble brisé ou incomplet, mais étrangement plus l’histoire avance, plus nous rencontrons de nouveaux personnages et on se rend compte que tous sont hantés par leurs démons. À chaque héros, un ennemi partage et complète sa personnalité, donnant lieu à des scènes dignes de tragédies grecques où l’honneur et la fraternité prédominent sur l’adversité et où la mort emporte tout avec elle.

Plus ce phénomène de questionnement et de complétion de la part des personnages se produit, plus l’on vient à se demander qui des deux camps a raison ? Lequel est tombé le plus bas ? Notre héros n’est qu’un enfant de douze ans, entouré de personnes d’expériences.

Il a peut-être le robot le plus puissant du monde, mais ça ne reste qu’une compagnie et cet entourage va intensifier les insécurités et doutes de Daisaku, provocant confrontations sur confrontations.

Ce genre de scènes permet au scénario de se complexifier, d’évoluer et d’avoir une profondeur qui dure, tandis que les situations périlleuses se résolvent in-extremis et, les révélations deviennent de plus en plus incroyables et inattendues. C’est dans l’histoire que l’héritage de Yokoyama est le plus visible. L’auteur était réputé pour maintenir une tension palpable du début à la fin de ses histoires. La clé résidant dans la résolution de cette tension qu’à la toute dernière seconde.

La fin est assez ignoble en soi, puisqu’elle nous laisse là, les bras ballants avec plus de questions encore qu’au début. Tout a été résolu mais reste le sentiment que tellement de choses ont évolué brusquement, de personnages qui ont soudainement dépassé leurs propres limites, qu’on est là à se demander comment ? Qu’est-ce qui a pu pousser à le faire ? Certains choix faits ne sont pas logiques mais juste viscéraux, tenant de l’humanité plus que du besoin de faire sens à l’histoire. La puissance des scénarios de Yokoyama, alliée à la profondeur nouvelle des personnages, a permis de parvenir à un climat hurlant de sincérité et d’humanité.

Mais l’identité de ces OAV ne se joue pas seulement dans le scénario et ses personnages, bien au-delà de ça, il y a encore une fois trace de Yokoyama. Mangaka dans les années 50/60 aux côtés d’Osamu Tezuka, son dessin étrange reste intemporel. Il est impossible de lui donner un âge. Si certains designs peuvent sembler étranges de prime abord, ils deviennent vite familiers voire touchants, à tel point que vous ne pourriez pas imaginer un autre design.

Tout est réfléchi, si Daisaku a un design rond et enjoué, Giant Robo lui sera anguleux et révélateur des sentiments plus enfouis de son maître. Colère et désespoir compris. Il en va de même pour beaucoup d’autres choses qui se révéleront à mesure des OAV. La réalisation de certaines scènes est juste parfaite tant d’un point de vue esthétique que symbolique : des scènes entières en noir et blanc, sans bruitages et juste accompagnées d’un opéra vocal et poignant pour retracer le même événement tout au long de l’histoire. Quand le passé apporte ses révélations avec élégance et aplomb, on sait qu’on a atteint un petit orgasme animé.

Bien évidemment, soyons honnêtes, l’âge de ce bijou joue en sa défaveur et les animations, bien qu’impressionnantes, auront mal vécu les vingt années qui se sont écoulées. Le manque de budget aura aussi sa part de responsabilité dans la réutilisation abusive de certains plans et, le minimalisme maquillé reste du minimalisme.

Mais là où l’animation a ses faiblesses, la musique ne semble pas s’en soucier, c’est une bande originale vibrante et épique, à la hauteur de l’histoire. Très sincèrement, peu de bandes son auront été aussi classiques et si rondement menées, on parle d’une sonorité d’orchestre parfaite du même acabit que la Chevauchée des Walkyries de Wagner. C’est identique, la BO est puissante, racée, les cuivres envoient tout ce qu’ils peuvent pour surenchérir dans l’odyssée épique qui les accompagne.

Mais chaque pièce a un envers. Si l’œuvre est bien tenue, elle a malgré tout d’énormes trous dans son scénario. Qu’on le veuille ou non, c’est voué à arriver quand on travaille sur une œuvre bâtarde, avec tant de références à un univers qui n’est pas le sien. Également la précipitation, réaliser autant d’OAV de cette qualité en si peu de temps pousse forcément à la faute et l’histoire est la première victime. Ce sont des manques ou des approximations qui pourraient être corrigés mais qui ne le seront jamais officiellement.

L’image aussi en souffre, la pression que les animateurs subissaient devait être incroyable pour réaliser autant de décors à l’aquarelle avec tant de détails. Les intervallistes devaient pleurer quand ils devaient réaliser les dessins d’animations des scènes d’actions et certains ont dû abandonner et faire ça pardessus la jambe. Inutile de parler de la traduction française, les puristes hurleront : « je ne reconnais que l’existence de la VO ! ». Dans beaucoup de cas, c’est vrai et, pour Giant Robo, c’est encore plus avéré.

Changement de doubleurs inattendus, approximations récurrentes et jeu d’acteurs dignes d’un retour de cuite trop serré. En somme, ce sont des ratages qui décrédibilisent l’ensemble de l’œuvre pour le grand public. Et surtout, bon sang, que c’est kitsch dans tous les sens du terme.

Mais vous savez quoi ? Ce sont ces défauts qui font que j’ai parfois honte d’admettre que j’aime ces OAV, qui font que je suis incapable de définir s’ils sont bons ou juste horriblement à hurler. La nostalgie de mon enfance et la naïveté que j’avais à douze ans me voilent peut-être la vérité sur la qualité de ces OAV ? C’est tellement étrange que même la qualité des doublages en français ne me pose aucun soucis quand je suis seule. Il est possible d’occulter tout cela, mais une fois en public, c’est un peu mon péché mignon que je garde pour moi. J’ai dû pondre des pages et des pages de théories pour combler les trous du scénario, fait une fixette sur certains doubleurs, converti des gens, saoulé d’autres à en parler en messes basses quand je pensais que personne n’écoutait. Mais au final, ça sera à vous de faire votre opinion.

Quelle que soit la version que vous trouverez, vous entrerez un peu dans un lieu étrange où vous seul serez juge de la qualité de ce que vous aurez devant les yeux.

En toute subjectivité anonyme, Giant Robo est la meilleure œuvre de messieurs Yokoyama et Imagawa. Vous êtes prévenus. Mais, si vous me demandez, je vous dirais que c’est une horreur sans nom et qu’il ne faut pas regarder sous peine de mort. Vous aurez honte pour moi et en mourrez.

Vous trouverez le coffret Collector Edition à la Fnac avec de nouveaux doublages et traductions, sinon les éditions Mangas de Pathé ont la première version de la Premium Edition.

P.S. Si quelqu’un va voir ces OAV suite à cet article, qu’il me prévienne, je lui paie le champagne.

*Si vous connaissez les répliques de Funny Man, ou même Funny Man tout court, vous êtes au-delà de toute rédemption.


Cet article est une republication d’un article paru dans l’édition reliée n° 14 de Mag’zine, que vous pouvez toujours aller le lire ici.

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