Gone Girl

Il y a quelques numéros déjà, je vous faisais part d’un véritable coup de cœur pour un thriller, sorti en 2014 et réalisé par David Fincher. Dans ce numéro, je vais m’attacher à convaincre les irréductibles, qui auraient boudé ce petit bijou qu’est Gone Girl, de se démener enfin pour le voir. Il y a des années que je n’avais pas autant été emballée par un film de ce genre… Plus depuis Seven, en fait. Un sacré bail, n’est-ce pas !


L’œuvre originale

Gone Girl est l’adaptation du roman de Gillian Flynn, paru en France sous le titre Les Apparences. Ce maître du polar a d’ailleurs gagné le Prix des Lectrices de Elle, en 2013, pour cette œuvre. Le synopsis en est simple : un jeune couple modèle, Nick Dunne et Amy Elliot, travaillant pour la presse écrite, doivent quitter Manhattan suite à une grave crise financière. Ils s’installent dans une petite ville du Missouri, pour se rapprocher de la mère de Nick, gravement malade. Deux ans plus tard, le jour de leur anniversaire de mariage, Amy disparait. Nick retrouve le salon dans le plus grand désordre, en revenant chez lui, et, inquiet, appelle la police. Crime de rôdeur ? Dispute conjugale ? Ex-petit ami en mal de vengeance ? Enlèvement ou meurtre ? Les enquêteurs n’écartent aucune piste, même si l’évidence ressort bien vite, au fil des indices retrouvés sur place et des preuves qui s’accumulent.

Jusque là, rien de transcendant, me direz-vous ? Et bien, détrompez-vous, car déjà, sans le savoir, vous avez mis le pied dans le meilleur thriller psychologique qu’il m’ait été donné de lire ou voir. Car Gillian Flynn joue sur vos préjugés, tel un formidable organiste sur le plus beau des instruments, en donnant au lecteur la position de « confident » de Nick et Amy. On dit que « les apparences sont parfois trompeuses », ou encore qu’ « il n’y a pas de fumée sans feu… » Ces petits dictons issus de la sagesse populaire, vous ne pourrez vous empêchez d’y penser durant tout le film, qui suit fidèlement l’architecture scénaristique du roman.

Scénario et personnages

Le scénario justement, parlons-en ! Venez donc mettre un doigt dans cet engrenage infernal ! Alternant scènes du présent et réminiscences du passé, Gillian Flynn et David Fincher vous entrainent dans la vie intime de Nick et Amy, avec leurs voix off qui exposent au fil de l’histoire leur ressenti intime.

Pour le présent, le film débute avec Nick, qui vit plutôt mal sa vie de couple et semble cacher quelques secrets. Son attitude lorsqu’il découvre la disparition de sa femme, son ignorance abyssale sur sa vie quotidienne depuis qu’ils sont installés dans le Missouri, tout cela ne cesse d’intriguer les policiers. Son détachement apparent, qu’il tente de dissimuler sous des sourires ou autres réactions hors de propos, ne contribue guère à le rendre sympathique, malgré son physique de séducteur. Nick se lance également dans une chasse au trésor, à l’insu des enquêteurs, et pour les prendre de vitesse, en suivant les indices que sa femme a laissés derrière elle, avant sa disparition, à l’occasion de l’évènement qu’est leur anniversaire de mariage. Cinq ans, les noces de bois… mais de quel bois est donc fait Nick ?

Pour le passé, à travers les pages du journal intime d’Amy, nous suivons la rencontre entre Nick et Amy, l’osmose immédiate entre ces deux êtres si différents, leur vie commune torride et idyllique. Bien qu’issue d’une famille aisée et ayant fait des études universitaires, Amy est déjà amère et cynique. Sa rencontre avec Nick va lui apporter le souffle vital qui lui manquait pour accéder au bonheur. Cependant, leur union qui s’annonçait sous les meilleurs auspices va vite connaître ses premières fissures lorsque l’argent vient à manquer. Mais jusqu’à quelle profondeur s’étendront-elles ? Simples failles vite colmatées ou gouffres masquant d’insondables horreurs ?

Dans le temps présent, l’image du couple idéal s’effrite également au fur et à mesure de l’enquête et sous la pression des médias, avides de sensationnalisme. Mais quand votre opinion sera faite, bien ancrée sur l’issue fatale et prévisible, Gillian Flynn vous infligera une claque monumentale ! Le choc vous laissera sans doute quelques secondes dans le plus grand trouble, vous devrez réviser toutes vos convictions à vitesse grand V ! Je vous laisse cependant le plaisir de vivre directement ce petit séisme psychologique sans vous en dévoiler plus.

Casting

D’abord, David Fincher a réussi ici une des meilleures adaptations de roman policier. Lui aussi est passé maître dans l’art de vous surprendre et dirige ses acteurs avec brio pour leur faire exprimer au mieux les sentiments des personnages qu’ils incarnent. Grand réalisateur qu’on ne présente plus, il avait déjà « commis » quelques chef-d’œuvres, comme Panic Room, Fight Club, l’adaptation américaine de Millenium (roman scandinave) ou encore le fameux Seven.

Dans le rôle de Nick Dunne, vous trouverez un Ben Affleck, époustouflant de vérité. J’avouerai que cet acteur ne remporte que rarement mon adhésion, mais dans Gone Girl, on pourrait presque croire que son personnage est taillé sur mesure, tant il s’y coule avec aisance. Froid, l’image même du psychopathe séduisant ses victimes, Il m’a totalement conquise, et ce n’est pas peu dire !

Pour l’incarnation d’Amy Elliot Dunne, l’épatante Amy, Rosamund Pike n’est pas en reste. Son visage expressif et sa superbe plastique vous colleront des frissons… à vous faire froid dans le dos. L’épatante Rosamund n’a pas fini de vous étonner et démontre un talent hallucinant dans ce rôle délicieusement ambigu.

Mon autre bonne surprise, dans Gone Girl, a été avec Neil Patrick Harris, qu’on a plus l’habitude de voir dans des rôles plutôt burlesques. Ici, il incarne un « aristocrate » effrayant avec une justesse qui m’a laissé sans voix.

Et le reste du casting vous offrira d’ailleurs pas mal de joie, entre illustres jouant des rôles à contre-emploi ou pseudo-inconnus, incarnant des seconds rôles hauts en couleurs, même pour les plus insignifiants.

La bande son composée par Trent Reznor et Atticus Ross, qui ont déjà collaboré avec Fincher pour Millénium, accompagne superbement ce film, contribuant aux différentes atmosphères avec une fluidité renversante.

Le mot de la fin

On m’avait conseillé de finir le livre avant d’aller voir le film. En habituée des adaptations malheureuses , j’ai fait l’inverse ! Et je vous conseillerai d’ailleurs de faire de même. En effet, le scénario du film suit précisément celui du livre, donc ne vous gâchez pas la surprise bêtement. Rien ne vous empêche de revoir le film après l’éclairage que pourra vous apporter le roman sur la psychologie de certains personnages.

Gone Girl joue sur vos émotions, appuie habilement sur vos préjugés et les chamboule allègrement cul par dessus tête. Vraiment, je le redis encore, il y avait longtemps qu’une histoire ne m’avait pas autant enthousiasmée. Même si je suis ressortie de la salle de cinéma avec quelques envies plus que douteuses… mais je vous laisse découvrir pourquoi.

Allez ! Foncez ! N’hésitez plus, même si les policiers ne vous inspirent pas plus que cela, vous ne pourrez pas rester indifférents et les deux heures trente du film passeront tellement rapidement que vous n’en reviendrez pas !


Cet article est une republication d’un article paru dans l’édition reliée n° 15 de Mag’zine, que vous :pouvez toujours aller le lire ici.



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Écrit par

Tricoteuse de chiffres IRL. Garde du Mag'zine. Accessoirement Petite Main. Phrase fétiche : « Puissiez-vous vivre des moments intéressants »

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Natsuki

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