La jetée

La jetée

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Pour ce premier numéro du Mag’, je vais attaquer, à mes yeux, la plus grande réussite cinématographique qui soit ; La Jetée, de Chris Marker.

Petit tour d’horizon de notre cinéaste avant toute chose.

Christian-François Bouche-Villeneuve de son vrai nom, est né en juillet 1921 en France. Il est réalisateur, écrivain, illustrateur, traducteur, photographe, éditeur, philosophe, essayiste, critique, poète et producteur. Principalement connu par ses films, il est considéré comme étant l’un des plus grands cinéastes mondiaux. Il est issu d’une famille bourgeoise et, est monteur de formation.

Il cache énormément de choses sur lui et, cherche à s’effacer derrière ses productions. Seuls quelques rares photographies, après sa mort en 2012 ont vu le jour. Philippe Dubois dira « Chris Marker, c’est un peu le plus célèbre des cinéastes inconnus. » Énigmatique, il ne laissera pas de photographie de lui filtrer et, ne donnera pas non plus d’interview.

Vous pouvez retrouver plus d’information sur lui, sur une émission très intéressante de France Culture disponible à cette adresse en podcast.

Nous allons maintenant nous attarder sur La Jetée.

Technicité :

  • Titre : La Jetée
  • Réalisation : Chris Marker
  • Scénario : Chris Marker
  • Photographies : Chris Marker
  • Son : Antoine Bonfanti
  • Musique : Trevor Duncan
  • Voix : Jean Négroni
  • Montage : Jean Ravel
  • Production et distribution : Argos Films
  • Date de sortie : 16 février 1962
  • Film français
  • Genre : science-fiction, fantastique
  • Durée : 28 minutes
  • Support : 35 mm, noir et blanc

Sa première originalité, réside dans sa composition, un « photo-roman ». Il est réalisé en plan fixe, succession de photographies en noir et blanc, qui s’enchaînent en fondu chaîné. Il n’y a que 5” animées, le clignement des yeux de la femme. « Il y a ”la vie”, le temps d’un battement de paupière. »

Il casse avec le code des 24 images seconde, afin de rappeler, que le cinéma n’est que des images misent en mouvement.

Mais le rythme est réellement donné par la bande sonore. Une musique, rare, assez perturbante et extradiégétique. Les images défilent avec, comme elles défileraient dans l’esprit du protagoniste.

Il y a également des bruitages, plutôt terrifiants, comme les voix, chuchotées par les scientifiques.

Cela donne une atmosphère, bien particulière et, très angoissante à ce métrage, bien renforcée par le scénario.

Il n’y a pas de « vrais » acteurs, C. Marker fera jouer des amis, cependant, il ne distribua pas les rôles au hasard.

L’histoire :

Le film commence avec ces mots : « Ceci est l’histoire d’un homme marqué par une image d’enfance. »

Nous sommes à Orly, sur la jetée du quai. Un garçon voit le visage d’une femme accoudée à la barrière, souriante. Peu de temps après, il voit un homme mourir devant lui. Voici l’image qui restera gravée en lui et, qui sera le point de départ du scénario.

Chris Marker décrit son film, comme n’étant qu’un remake de Vertigo (adaptation d’un roman de 1958), d’Alfred Hitchcock. Il y aura d’ailleurs plusieurs clins d’œil faits à ce film, notamment la scène du séquoia.

Mais revenons où nous en étions. Après être frappé par cette image, la Troisième Guerre Mondiale va éclater. L’air va devenir irrespirable en extérieur à cause de la radioactivité. Les hommes survivants vont se terrer dans les sous-terrains, ici ceux de Chaillot, à Paris. Les « vainqueurs » de cette guerre ne règnent que sur un « empire de rats ».

Des expériences vont être menées sur la population restante. Vient le tour du personnage que nous suivons. Le scientifique lui explique, que la race humaine est condamnée et, que le seul moyen de s’en sortir, se trouve dans le temps. Ils vont chercher à créer des ponts, des liens, afin de se « connecter », soit au passé, soit au futur.

Grâce à sa grande force mentale et, l’image qui l’a marquée dans son enfance, il va réussir l’expérience. En se concentrant sur cette dernière, il arrivera à aller dans le passé et, rencontrer la femme de la jetée. Après ces succès, nos savants vont l’envoyer dans le futur. Les émissaires qu’il rencontrera, lui donneront une source d’énergie, capable de relever l’humanité. Ces derniers vont également lui proposer de se joindre à eux, mais, plutôt que d’accepter cette offre, il demandera à retourner dans le passé.

De retour à Orly, il cherche la femme. Il la trouve. Il court vers elle. À ce moment-là, il voit l’homme qui l’a suivi depuis le camp sous-terrain. Il comprend alors, que ce qui l’avait tant marqué dans son enfance, n’était autre que l’image de sa propre mort. Car l’on ne s’échappe pas du temps.

Cette histoire servira également de base au film de Terry Gilliam, L’armée des 12 singes (1995).

L’armée des 12 singes – twelve Monkeys – 1995 – réal : Terry Gillian Collection Christophel

En bref :

Il est très clairement, à mes yeux, le plus beau chef-d’œuvre cinématographique qui existe à ce jour.

On est plongé dans cette rêverie, très sombre. Analogie aux souvenirs d’enfance, on est à la fois enivré et craintif quant à ces voyages dans le temps.

L’on a qu’une envie après avoir vu la fin du film, c’est de le regarder à nouveau et, constater avec quel brio l’histoire est ficelée.

Il y a une forte réflexion, sur ce qu’est la vie, son fonctionnement cyclique, ainsi que sur la mémoire. Ce sont des questions que Chris Marker posera beaucoup « Mourir est tout au plus l’antonyme de naître. L’antonyme de vivre reste à trouver.  »

Bon à savoir :

– Les sous-terrains de Chaillot, servant de décors au film, sont en travaux à ce moment-là et, deviendront l’année suivante, La Cinémathèque Française, fondée par Henri Langlois.
– Il y a, parmi les figurants, Jacques Ledoux, conservateur de la Cinémathèque Royale de Belgique à l’époque.
– Le séquoia symbolise la sagesse et la longévité.


Cet article est une republication d’un article paru dans l’édition reliée n° 1 de Mag’zine, que vous pouvez toujours aller lire ici.

À propos de l'auteur

Salut ! Moi c'est Gigi pour les intimes, rédacteur en chef du site. Passionné de culture et d'art depuis bien des années, pour ne pas dire toujours, j'espère que vous prendrez du plaisir à découvrir ou redécouvrir des choses par ici ! Attention « Mon langage est composé de 97 kg de méchanceté. »

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