Le passage

Dans le numéro précédent, je vous citais l’immortalité comme « moyen de voyager dans le temps », avec l’alchimiste Nicolas Flamel. Cette fois-ci, je vais vous présenter une autre forme d’immortalité, bien moins romantique (quoique…). Vous avez tous compris que je voulais parler de vampires, mais ici, nous sommes très loin de Twilight et consort. Justin Cronin nous mène dans un univers qui ferait pâlir d’envie Lord Ruthven ou Carmilla (si cela était encore possible), et reléguerait presque le comte Dracula, pourtant figure emblématique du Vampire, au simple rang d’enfant de chœur.

Pourtant, il ne s’agit pas ici d’un roman d’horreur ou gothique. Justin Cronin nous livre une histoire post-apocalyptique sur fond fantastique, mais si proche de la réalité que vous

ne pourrez pas vous empêcher de vous dire : « cela pourrait bien nous arriver ». Le Passage est le premier roman d’une trilogie du même nom, encore en cours de parution.

Le commencement

Tout d’abord, vous suivrez la vie d’une jeune mère désespérée et de sa petite fille trop sage, Amy. Enfant qu’elle va abandonner chez des religieuses. Par la suite, des éléments de l’intrigue nous sont délivrés via des extraits de mails et l’avancée d’une exploration en Amérique Latine, faite par l’équipe d’un biochimiste, qui pense avoir trouvé une solution contre le cancer. Cette exploration ne manquera pas d’avoir des conséquences catastrophiques, en générant le patient « zéro ».

Également, vous parcourrez les États-Unis à la suite de deux agents du FBI, chargés d’une mission extrêmement particulière : « collecter » des condamnés à mort pour leur offrir une ultime chance de survie, pour le compte d’une obscure organisation du gouvernement.

Quel rapport, me direz-vous ! Et pourtant, il y en a bien un, chaque personnage, chaque élément de l’histoire a son importance, car tout est lié. L’organisation gouvernementale, que je ne citerai pas, a financé l’exploration, qui visait, en fait, à retrouver des créatures semblables à des vampires.

Les douze condamnés à mort vont servir de cobayes pour les dernières phases d’élaboration du « vaccin d’immortalité », afin de fabriquer des super-soldats. Et Amy, dans tout ça ? Elle est le treizième cobaye ! Oui, une adorable fillette de six ans va subir le même sort que des meurtriers pour être transformée en monstre.

Bref, lorsque tous les éléments sont réunis au même endroit, ce qui devait arriver se produit : les « échecs » s’échappent, répandant inexorablement leur « virus » qui va transformer en profondeur la race humaine, dont une partie va devenir des Viruls, êtres hybrides, assoiffés de sang, qui pourchassent le reste de l’humanité, poussés par les « Douze », pour s’en nourrir ou la transformer.

Amy, quant à elle, pourrait bien être une réussite, elle a finalement survécu à la vaccination sans trop de modification apparente, sauf une certaine intolérance à la lumière du jour et un manque d’appétit pour la nourriture classique. Elle ressent aussi dans le tréfonds de son être, toute l’horreur des « douze » et le désespoir sans fin des Viruls.

Est-elle la mutante tant espérée par les scientifiques et les militaires, un remède contre le mal qui ronge l’humanité ou encore une simple enfant, changée à tout jamais ?

La trame

La construction est simple : un futur très proche, presque un présent alternatif, puis un large bond de presque cent ans dans le futur.

Le présent sert à poser les bases, vous permet de vous imprégner de l’histoire, voire de vous attacher à quelques personnages , jusqu’à la catastrophe « Virul » qui va changer la face du monde, appelée également « an Zéro ».

Vous accompagnerez Amy et son « père » dans leur bulle protectrice. De loin, vous vivrez l’inexorable cheminement vers la destruction de la race humaine, vous constaterez les efforts apparemment vains du gouvernement pour endiguer cette pandémie. Et brusquement, vous plongerez dans la dure réalité, à travers les mémoires d’une autre fillette ayant survécu à l’ultime tentative pour sauver le genre humain.

Puis, Justin Cronin vous fera faire un saut dans le temps et vous retrouverez une petite colonie humaine, « la Première Colonie », ultime poche de vie normale, semble-t-il, au milieu d’un désert envahi de Viruls. Mais le mal les ronge déjà de l’intérieur, alors que les monstres les traquent à l’extérieur.

L’arrivée d’une mystérieuse adolescente va faire basculer leur petit monde, tout en redonnant l’espoir à une poignée de jeunes gens qui tenteront l’aventure, afin de trouver d’autres survivants avant l’extinction complète de la race, en traversant un continent oublié du monde, si le monde existe encore par-delà les océans.

En contrepoint, Justin Cronin vous instille les pensées lancinantes qui envahissent l’esprit des gens, ajoutant une touche angoissante, ainsi que la question obsédante, qui hante l’esprit des Viruls, dans leur brouillard sanglant : « Qui suis-je ? ». Qui sont-ils en effet ? Que sont-ils vraiment ?

Le style de l’auteur alterne entre narration, récit sous forme de journal ou de compte-rendu. Si les personnages sont multiples et parfaitement développés, si Justin Cronin vous laisse, apparemment, à peine le temps de vous y intéresser, il révèle pourtant au fil de son écriture dense, une foule de détails qui vous feront dire quelques vingtaines ou centaines de pages plus loin : « Ah ! C’était donc ça ! » ou « Mais oui, bien sûr ! ».

Car le premier volume de cette trilogie n’en compte pas moins de mille (1252 pour l’édition française « POCKET » si on veut être exact) ! Ne vous laissez pas impressionner par la quantité, elle se dévore en un rien de temps, vous serez aspiré par le texte et n’aurez qu’une hâte : connaître la suite.

Et la suite justement…

Dans le second volume de la trilogie, intitulé «Les Douze », Justin Cronin reprend la trame du premier. Après un bref résumé du « Passage », sous forme de Genèse (et le choix du style n’en est pas anodin), il vous replonge dans les affres de l’an Zéro, mais à travers les yeux d’autres personnages, que vous avez déjà accompagnés ou croisés dans le présent alternatif du précédent volume, ou dont l’existence a simplement été évoquée au fil de l’histoire.

Puis, il vous projette à nouveau loin dans le futur, un peu avant votre rencontre avec la Première Colonie, puis quelques années après la fin du premier volume. Vous y découvrirez d’autres colonies, grandes comme des Nations, avec leurs propres règles et retrouverez Amy et ses jeunes amis aventureux, ainsi que quelques autres personnages.

Le dernier volume est annoncé en publication originale pour fin 2015. Vous devrez donc attendre, au mieux 2016*, pour avoir la version française de « The City of mirrors ». Personnellement, j’ai hâte et pourtant j’ai déjà comme un arrière-goût nostalgique à la pensée de quitter cet univers.

L’auteur

Justin Cronin avoue lui-même être un grand admirateur de Dickens et de son style d’écriture, qui manie de nombreux personnages dans un large tissu narratif, mais aussi de bien d’autres auteurs. Ces sources d’inspirations sont d’ailleurs très variées, vous en devinerez peut-être quelques unes au fil de votre lecture, car il a ponctué ses romans de nombreux clins d’œil ou hommages.

C’est également un auteur qui aime planifier à long terme son écriture, il est prêt à étaler son histoire sur un millier d’années pour bien approfondir le thème et pouvoir explorer à fond tous les personnages. Il savait déjà comment se finirait le dernier volume de sa trilogie lorsqu’il a écrit le premier, même s’il se laisse aussi conduire par l’histoire pour la faire évoluer.

Donc, restez attentif tout au long de votre lecture, car vous ne manquerez pas de trouver des éléments des premiers volumes « finalisés » dans le dernier. Tout comme certains points du début ne sont finalement expliqués qu’à la fin du premier roman.

Si le thème général de la trilogie est un univers post-apocalyptique, envahi par une variation très personnelle du vampire, la structure du roman « Le passage » (et surtout la dernière partie) lui a été inspirée par un roman de type « western », intitulé « Lonesome Dove » de Larry McMurphy.

Personnellement, je ne le savais pas avant de le lire, mais cela reste assez évident par bien des points.

Adaptation

Pour l’instant, il n’existe pas d’adaptation officielle à ce roman ou à la trilogie, même si de nombreux amateurs s’en sont inspirés. Cependant, elle devrait bientôt voir le jour.

Justin Cronin préférerait une adaptation sous forme de série TV, plutôt que cinématographique, afin de ne rien perdre de la trame de l’histoire, ni des multiples personnages.

Espérons que son souhait sera exaucé !**

Pour conclure

J’ai totalement été conquise par son style d’écriture, il faut avouer que, moi aussi, je suis fan de Dickens et d’autres auteurs qui ne craignent pas de s’embarquer dans des histoires complexes, au tissu narratif étendu et aux personnages multiples.

Justin Cronin décortique à merveille les différents sentiments humains, mais aussi les différentes structures sociales possibles, leurs implications et leurs conséquences. J’ai retrouvé avec cette histoire, une sorte d’émulation intellectuelle comme me l’a fait ressentir Ayerdhal, mais surtout cette lucidité parfaitement critique sur la nature humaine et les différents tissus sociaux, que m’avait offerte Herbert dans sa saga « Dune ».

Enfin, sans plonger immodérément dans la science-fiction pure, nous sommes en présence d’une aventure humaine, parfois angoissante mais ô combien réaliste et palpitante. Laissez-vous donc conquérir !


Cet article est une republication d’un article paru dans l’édition reliée n° 12 de Mag’zine, que vous :pouvez toujours aller le lire ici.

*La Cité des miroirs, dernier opus de la trilogie, est finalement sorti en France en mars 2017
**La série Le Passage a été diffusée sur Fox en 2019, avec seulement 1 saison de 10 épisodes



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Écrit par

Tricoteuse de chiffres IRL. Garde du Mag'zine. Accessoirement Petite Main. Phrase fétiche : « Puissiez-vous vivre des moments intéressants »

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Natsuki

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