Mafalda

Chères lectrices et chers lecteurs, c’est avec beaucoup d’émotions que je reviens vous présenter une petite contestataire qui a bercé mon adolescence et me fait rire encore. Mafalda a fêté son cinquantième anniversaire en 2014 mais n’a pas pris une ride, son succès dépassant même l’entendement de son auteur.

Quino est un humoriste argentin, mondialement connu, mais la renommée de Mafalda s’est étendue, du Canada jusqu’en Chine, presque de sa propre vie, touchant aussi bien les plus jeunes que nos grands-parents.

Faisons les présentations

Tout d’abord, vous trouverez Mafalda et ses parents, un jeune couple de classe moyenne, le papa travaille dans un bureau, et la maman s’occupe de leur foyer. Mafalda a cinq ans lorsque son histoire débute et ses principales préoccupations sont : Pourquoi ? Comment ? Quand ? Et surtout… La soupe sera-t-elle prohibée ? Elle épuise ses parents avec ses questions sur tout et rien, car elle ne se satisfait jamais des réponses. Éternelle contestataire, elle a une vision du monde bien à elle.

Felipe, son premier acolyte, a un an de plus, il va déjà à l’école. C’est un doux rêveur au physique particulier et Mafalda lui en fait voir de toutes les couleurs. C’est également un éternel angoissé qui n’aime pas faire ses devoirs. Le garçon reste flegmatique et utilise même un peu le caractère tempétueux de son amie, pour se motiver. Il a ses propres rêves, quelque peu utopiques.

Viennent ensuite d’autres personnages bien caractéristiques, au schéma bien plus évident tels que :

Manolito, le fils de l’épicier de quartier, aux rêves très capitalistes, à l’intelligence limitée plus par manque d’intérêt que par réelle bêtise, lui non plus n’aime pas l’école qu’il trouve inutile sauf pour l’arithmétique ;

Susanita, indécrottable romantique, à l’opposé de Mafalda, aux rêves petit-bourgeois, narcissique, égoïste même, pas très futée mais fière de ça, son principal souffre-douleur étant Manolito ;

Miguelito, un rêveur d’un autre genre, s’il s’est intégré à la petite bande, il vit pourtant dans un autre monde ;

Guile, le petit-frère terrible de Mafalda, futur tagueur devant l’éternel, à la volonté bien affirmé, Mafalda ne sait rien lui refuser ;

Enfin, Liberté, minuscule fillette, presque un alter-ego de Mafalda, mais au discours plus linéaire, au caractère bien trempé, son schéma familial diffère un peu des autres, puisque pour elle seule, sa maman travaille aussi.

De ses débuts à nos jours

Quino croquait déjà des dessins humoristiques, dans les journaux de Bueno Aires, depuis quelques années, lorsqu’il reçut une commande pour une campagne publicitaire. Nous sommes dans les années soixante et le principal support publicitaire d’alors était les journaux.

Quino choisit le format particulier de cette bande-dessinée, des bandes de trois-quatre vignettes, car cela correspondait à ses impératifs, en s’inspirant des « Peanuts » (Snoopy, Charlie Brown…). La campagne n’a jamais vu le jour, mais les personnages ont finalement trouvé leur propre chemin et, surtout, leurs propres voix en paraissant, pour la première fois, dans l’hebdomadaire « Primera Plana », en 1964.

L’auteur, ayant épuisé les dialogues possibles avec ses parents, décida de lui adjoindre des compagnons plus caricaturaux et de son âge. Et c’est peut-être bien cela le secret de son succès ! Mafalda l’insatiable, la sagesse faite enfant, et ses petits amis dans lesquels tout un chacun pourrait se retrouver (en son for intérieur ou pas).

À partir de 1965, Mafalda migre vers le journal « El Mundo ». Devant le succès grandissant, la maison d’édition « Jorge Alvarez Edition » publie un premier recueil de ces bandes, dont le tirage (5 000 exemplaires) est épuisé en seulement deux jours, en 1966, et l’engouement du public argentin ne se dément pas.

Suite à la fermeture du journal « El Mundo », Mafalda est reprise par l’hebdomadaire « Siete Dias » en 1968. Elle traverse même les frontières jusqu’en Italie, à la suite de son géniteur. Un premier recueil est publié sous l’intitulé « Mafalda la contestaria », sous la houlette d’Umberto Eco, alors directeur de la collection, en 1969. Quino dessinera Mafalda et ses aventures durant dix ans, dix ans de calvaire selon lui.

Divers recueils seront publiés en Argentine, entre 1965 et 1993, d’abord par les éditions « Jorge Alvarez » (les cinq premiers), puis aux éditions « De la Flor » (pour les suivants, ainsi que les premières « Intégrale »), repris au fur et à mesure dans différents pays, principalement latins au début (Italie, Espagne, Mexique , Portugal), puis européens (France, Allemagne, Grèce, Hollande, Suède et bien d’autres). Bien plus moderne les Peanuts dont elle est un reflet plus concret, Mafalda fera même des émules en Chine, par le biais de BD pirates, en 1990.

Dans les années soixante-dix, Mafalda sera adaptée par Daniel Mallo en une série de court métrage, pour la télévision argentine, puis pour l’Italie et quelques pays latino-américains. 1973 sera l’année des débuts de Mafalda sur petit écran, mais aussi celle de ses adieux à l’hebdomadaire « Siete Dias ». A partir du second semestre, Quino ne les dessinera plus, sauf à la demande de l’UNESCO, en 1977, pour illustrer la campagne internationale de diffusion de la Déclaration des Droits de l’Enfant.

En 1981, Daniel Mallo présentera un long métrage « Mafalda », simple assemblage de ses courts métrages.

En 1987, à la demande de Joan Manuel Serrat, Quino reprend sa plume pour illustrer avec Mafalda la couverture de son disque « El Sur tambiem existe ». Il en profite pour dessiner une nouvelle bande qui ne sera pas utilisée pour cela.

Si Quino est mondialement connu pour ses dessins humoristiques, il a « abandonné » Mafalda sans regret et s’est souvent montré très critique, rétrospectivement, sur son travail. Pourtant, la petite chipie mène, cinquante ans plus tard, son bonhomme de chemin, traduite en plusieurs langues, presque par-delà de la volonté de son géniteur.

Pour conclure

Quino a toujours été étonné du succès de cette B.D., l’humour en est pourtant simple, incisif, s’inspirant parfois de l’actualité de l’époque, mais surtout, notre chère Mafalda, et sa petite bande, sont un questionnement ambulant, face à tous les mensonges et hypocrisies des adultes.

En alliant aussi bien le comique de situation que les dialogues humoristiques, l’auteur nous sert ici une critique sociétaire, aussi bien que générale, qui traverse les générations, car toujours d’actualité sur bien des points.


Cet article est une republication d’un article paru dans l’édition reliée n° 12 de Mag’zine, que vous :pouvez toujours aller le lire ici.



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Tricoteuse de chiffres IRL. Garde du Mag'zine. Accessoirement Petite Main. Phrase fétiche : « Puissiez-vous vivre des moments intéressants »

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Natsuki

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