Samba — Camélia Studio

Samba

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Après une longue traversée du désert cinématographique, ponctuée de quelques œuvres passables ou simplement distrayantes, je suis tombée sur une perle rare ce mois-ci. Aussi, je reviens pour vous parler plus en détail de mon tout dernier coup de cœur cinéma.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce film n’est pas une comédie musicale sud-américaine. Il s’agit du dernier opus du brillant tandem, j’ai nommé Eric Toledo et Olivier Nakache.

Ces réalisateurs m’avaient déjà, en partie, réconciliée avec le cinéma français, avec leur film « Intouchables », en traitant un sujet délicat par l’humour, sans lourdeur. Aujourd’hui encore, ils renouvellent leur exploit avec « Samba », sorti le 15 octobre dernier*, inspiré du roman éponyme de Delphine Coulin.

Samba, c’est l’histoire d’un clandestin sénégalais, qui vit en France depuis dix ans, et tente de survivre de petits boulots en attendant de pouvoir officialiser son séjour. C’est aussi l’histoire d’une rencontre improbable, lorsque Samba, interpellé lors d’une de ses démarches, se retrouve au centre de rétention près de Roissy. Il y croise une cadre supérieure, laminée après un « burn out », qui tente de retrouver un sens à sa vie, en participant bénévolement à une association qui aide les sans-papiers.

Les clandestins, les sans-papier, quel sujet barbant me direz-vous…

Eh bien, non ! C’est au cœur de l’actualité ! Un sujet brûlant même ! Toledo et Nakache se sont lancés une belle gageure en l’abordant. Le thème aurait pu faire dans le larmoyant, comme cela s’est déjà vu, mais Eric et Olivier y ont mis leur « patte » et traitent avec justesse, humour et franchise, la vie des sans-papiers mais aussi leurs difficultés, la peur permanent d’être pris et expulsé.

Ils nous présentent aussi les différentes populations précaires, ceux qui voudraient s’en sortir, qui sont dans cette situation, non par choix, mais par force, ceux qui savent tricher avec brio, ceux qui sont désespérés, tentent de se fondre dans la masse, ou au contraire, font tout pour s’adapter à cet environnement hostile. Ils ne se voilent pas non plus la face, et montrent également ceux qui profitent de cette situation : les patrons, ceux qui exploitent et ceux qui sont « complices », comme les malfrats qui distribuent au prix fort de faux papiers. Ils nous présentent aussi les bénévoles, qui veulent aider, mais aussi ceux qui connaissent le système, veulent bien donner une chance à ces clandestins mais respectent la loi, du moins en apparence, car ils ferment parfois les yeux sur quelques irrégularités bien connues.

Mais ce film ne se résume pas qu’à ça, il est bien plus encore. C’est aussi une histoire d’amitié, entre deux hommes aux caractères pourtant différents. C’est aussi l’évolution d’un jeune homme, presque brisé par dix ans de galères, n’osant croire à la lueur d’espoir que lorsqu’il la voit. C’est aussi la transformation d’une femme au bout du rouleau, qui a perdu toutes ses valeurs et ne sait plus comment sortir de ce cycle infernal, ni vers où avancer et va trouver une raison de vivre.

Je n’ai pas parlé que des réalisateurs. Leur talent n’est pas seulement de choisir leurs scénarios, ni même de savoir nous raconter des histoires tristes en nous faisant rire aux larmes, mais aussi de sélectionner des acteurs qui incarnent parfaitement leur personnage. Omar Sy est surprenant de vérité dans son interprétation de Samba, rôle un peu à contre-emploi pour l’image que je me faisais de lui. Et que dire de Charlotte Gainsbourg, qui n’est pourtant pas mon actrice favorite, loin s’en faut, mais elle m’a tour à tour agacée, attendrie, rendue jalouse. Tahar Rahim est désopilant en brésilien déluré et débrouillard, tout comme Izia Higelin, en étudiante bénévole et brute de décoffrage. Les autres acteurs, incarnant la petite foule de personnages secondaires, sont eux aussi incroyables de vérité et de naturel.

Je vous recommande donc chaudement ce film, qui malgré un thème assez déroutant, est un petit bijou d’humour, d’amour, de tendresse et de vérités. Vous ne verrez pas passer les presque deux heures qu’il dure, car chaque minute est importante, drôle ou simplement émouvante. Foncez !


Cet article est une republication d’un article paru dans l’édition reliée n° 9 de Mag’zine, que vous pouvez toujours aller le lire ici.

* film sorti en 2014

À propos de l'auteur

Tricoteuse de chiffres IRL. Garde du Mag'zine. Accessoirement Petite Main. Phrase fétiche : « Puissiez-vous vivre des moments intéressants »

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