Si les jambes nippones pouvaient parler... — Camélia Studio

Si les jambes nippones pouvaient parler…

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Si vous êtes perspicaces, fétichistes des jambes, pieds ou tout autre élément inférieur du corps humain, vous avez peut-être déjà remarqué le soin apporté par les animateurs ou mangakas à la position des gambettes nipponnes : ici, nous parlerons plus particulièrement des demoiselles.

La femme et l’idéal enfantin

Pour comprendre l’origine de la démarche dite cagneuse des japonaises, nous devons d’abord faire un petit tour sur les idéaux japonais. Savez-vous pourquoi le lolicon est si apprécié ? Les culottes blanches tellement adulées ? Ou encore, pourquoi les idoles et présentatrices d’une trentaine d’années insistent tant sur des expressions et tons puérils ? Je passe de nombreux exemples, mais vous devez déjà avoir une petite idée d’où je veux en venir : la démarche enfantine qui caractérise encore aujourd’hui de nombreuses japonaises.

L’idéal de la séduction japonais réside dans la jeunesse : les joues rondes et roses, la voix très aiguë, les petites fleurs qui poussent sous les pieds et ces airs tellement kawaï font partie d’un concept global autour de la jeune fille pure, innocente, chaste et tout le tintouin qui va avec. On les appelle aussi bakapoi : « baka » signifiant « stupide », vous pouvez certainement appréhender le concept de ce merveilleux éloge…

Ce fantasme, au-delà des comportements, s’initie dès l’enfance d’une japonaise : si en Europe, on a tendance à corriger un enfant marchant les genoux rentrés – une erreur souvent commise lors des premiers périls à quatre pattes de nos petites têtes blondes – ce n’est pas le cas des filles nippones qui, à l’inverse, sont encouragées à garder cette démarche singulière et très mauvaise pour le dos.

En effet, puisqu’il s’agit d’un défaut maladroit d’enfant, c’est forcément innocent, et donc à conserver. Debout, avec les pieds en dedans, les genoux légèrement fléchis : la position uchimata est un canon de beauté impossible à louper sur les magazines de mode. Et, au diable la colonne vertébrale, le marché ostéopathe ne s’en portera que mieux.

Le caractère ancré par une paire de jambes

Le tableau est-il un peu mieux dessiné à présent ? On pourrait donner des milliers d’exemple : Yui de K-On !, par exemple, marche en uchimata. Et cela traduit à merveille son caractère : un peu naïve, douce, enfantine… Elle incarne tout à fait cet idéal de jeune demoiselle ! Mais bien évidemment, si l’uchimata traduit un caractère, il en va de même pour de nombreuses autres positions…

Nous parlerons ici des principales démarches et clichés du gendre de la Japanimation. Cependant, il est facile de relier un caractère à une silhouette de collégienne tout droit sortie d’un anime type « school days ».

La position la plus classique reste le ganimata (ou O-Kyaku) : elle prendrait racine dans les années 1960 avec la danse Buto. Comme le sous-entend son deuxième nom, cette démarche se singularise par ses jambes en forme de « », un dérivé donc de l’uchimata qui serait notamment dû à l’abus de la position traditionnelle seiza suwari (assise, les jambes sous le corps, devant une bonne tasse de thé). Rien que les phots donnent atrocement mal au dos… On retrouve dans cette catégorie la plupart des personnages naïfs ou innocents, ou tout simplement communs. C’est en effet (et malheureusement pour leur colonne vertébrale) une démarche très commune au Japon.

Le frangin de ganimata s’appelle X-Kyaku et reste encore très populaire dans les mangas ou animes. Comme vous le devinerez à son nom, cette démarche se caractérise par ses jambes en forme de « X ». C’est généralement la position préférée des lolitas : une jambe passant devant l’autre au fil des pas, les genoux rentrés. Rajoutez une main posée sur la hanche et obtenez le cliché du personnage hautain. Dans la vie de tous les jours, cette démarche se trouve rarement dans la rue. Il faut dire que ce n’est pas très pratique pour marcher. Cependant, elle existe aussi dans nos contrées occidentales, notamment aux défilés de mode. Cette façon de gambader symbolise l’élégance et est censée affiner la silhouette. Tout un programme minceur…

Si vous possédez une figurine moe d’une demoiselle tombée à même le sol, il y a de grandes chances pour qu’il s’agisse de la position pettanko. En réalité, elle s’applique également à des jeunes filles qui s’assoient tout simplement : pas besoin d’avoir été bousculée par leur future âme sœur, il faut bien l’avouer. Par terre et à genoux, les jambes de chaque côté du corps (et non pas en dessous comme la traditionnelle seiza) : vous tenez le cliché de la pose assise, mignonne et adorable. Pour peu que la dame porte une jupe, avec de la chance – et c’est un peu le but également – vous verrez un petit bout de culotte. Une maladresse enfantine encore une fois, tellement kawaï ! (Sortez les trompettes à cœurs !)

Eh oui, il faut croire qu’au Japon, chaque pose possède un nom. Celle-ci par exemple : Suriashi. Vous pensiez faire simplement du patin en traînant vos pieds sur le parquet : eh bien non ! Il s’agit d’une démarche singulière au Pays du Soleil Levant, originairement utilisée par les acteurs de . Bien sûr, sur le sol de votre salon, vous n’avez peut-être pas toute la grâce requise pour une danse , mais ne brisons pas vos rêves !… Cette position est dite flottante sur un nuage, puisqu’il s’agit de marcher en donnant l’impression de glisser. Chez les demoiselles, ce terme que l’on peut aussi qualifier de « arrête de traîner des pieds, tu vas gêner les voisins du dessous ! » est utilisé ironiquement pour montrer une démarche traînante. Les semelles quittent rarement le sol au point de donner l’impression de tomber à chaque pas. Un personnage de manga ou d’anime ne marche pas exclusivement de cette manière (ou très rarement), mais elle est utilisée pour démontrer la fatigue ou la déprime la plupart du temps, le dos courbé et les cernes sous les yeux en bonus.

Et enfin, parlons d’un cliché connu de tous : la position Yanki, dérivé du mot yankee que vous connaissez sûrement : un terme souvent utilisé dans la Japanimation pour désigner des grosses brutes ou méchantes lycéennes se baladant avec une barre de fer. Il s’agit de la position fétiche des rebelles de l’école : masculines, les demoiselles s’accroupissent, les fesses sur les talons et les cuisses écartées. Le masque sur le visage est optionnel, mais la plupart du temps, les balourdes adeptes de cette position marchent les mains dans les poches, en se penchant légèrement vers l’avant, avec un pas lourd et décidé. Par ailleurs, ce genre de personnage semble souvent s’habiller de très longues jupes, ce qui est plutôt pratique si on ne veut pas montrer sa culotte (et pourvu qu’il n’y ait pas de fraises dessus, ça briserait le tableau…).

Il existe de nombreuses autres positions, et sûrement vous en avez vu d’autres dans vos lectures ou visionnages. Par exemple, les personnages énergiques ont tendance à avoir les jambes droites et écartées, et à s’asseoir sans chercher à cacher leur culotte. De même, vous aurez du mal à croiser un personnage autoritaire avec une démarche ganimata ; plutôt matures que mignonnes, leur démarche est sèche et rigide. Il y aurait bien des manières d’identifier ainsi des personnages rien qu’avec leurs jambes ! Si jamais vous vous ennuyez un dimanche, vous savez ce qu’il vous reste à faire…


Cet article est une republication d’un article paru dans l’édition reliée n° 10 de Mag’zine, que vous pouvez toujours aller le lire ici.

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