Thermae Romae

Ami(e)s lectrices et lecteurs, pour ce nouveau numéro du Mag’zine, j’ai souhaité vous présenter différentes histoires diffusées sous divers supports, avec en fil rouge une idée, qui a toujours fait rêver l’Homo Sapiens : « le voyage dans le temps ».

Sans volonté particulièrement chronologique, je vais vous présenter la première histoire : Thermae Romae, un manga seinen de six tomes, écrit et dessiné par Mari Yamazaki, qui nous narre les aventures assez peu orthodoxes d’un architecte de la Rome Antique, sous le règne de l’empereur Hadrien.

L’histoire

Commençons par le début ! Nous nous retrouvons donc plongés dans la Rome Antique, avec pour principal protagoniste, un jeune architecte en quête de renommée, Lucius Modestus.

À vrai dire, s’il porte bien son prénom (Lucius veut dire « lumière » en latin) en raison de son intelligence, son nom n’est pas le reflet de son caractère. En effet, le jeune homme est non seulement prétentieux (fierté romaine oblige), mais il ne comprend pas non plus son manque de succès. Malgré ses longues études, en Grèce notamment, pour parfaire ses connaissances architecturales, ses créations ne convainquent pas ses contemporains et, encore moins, son principal employeur qui ne le trouve pas assez « moderne ». Il faut dire que sa spécialité est la conception de thermes, lieux quasiment sacrés et surtout incontournables pour tout bon romain.

Bref, nous démarrons avec un jeune pédant, qui se sent incompris, mais soutenu malgré tout par un ami fidèle, Marcus Pietra, sculpteur de son état. Ce dernier prête une oreille bienveillante aux doléances de Lucius, lorsqu’ils se retrouvent après le travail, aux thermes justement. Tandis qu’un jour, Lucius, dont le cerveau est sans cesse en éveil, plonge dans les bains pour observer un étrange phénomène et se fait littéralement aspirer dans un vortex aquatique.

Il finit par émerger dans des bains d’un autre temps, qu’il pend pour un bain d’esclaves (il les appelle les « visages plats ») et qui s’avère être une version bien moderne de bains japonais. Lucius y découvre tout un tas de « nouveautés » qui l’émerveillent et mettent un grand coup à sa fierté romaine. Tout aussi soudainement, le même vortex le renvoie à sa propre époque. L’intelligent Lucius réussit à reproduire les merveilles qu’il a vu chez les visages plats (il ne saurait être question que des esclaves bénéficient d’avantages dont un citoyen romain ne pourrait avoir l’usage) et conçoit enfin des thermes « modernes » qui lui ouvrent les portes du succès.

Ceci n’est bien entendu que le début des péripéties de Lucius, ce nouveau succès va lui attirer l’intérêt, et même l’amitié, de l’empereur Hadrien lui-même, qui lui demandera de relever de nombreux défis architecturaux. Si Lucius réussira toujours hauts la main, c’est grâce à de tout aussi nombreux voyages par vortex vers le pays des visages plats. Ces voyages ont aussi l’avantage de lui enseigner un minimum de modestie et sont surtout, pour nous, l’occasion de nombreux fous rires face aux réactions de Lucius devant notre monde moderne.

Un succès grandissant et une amitié aussi prestigieuse fait naître de nombreuses jalousies. Et Lucius va devoir faire face à quelques complots, dont il s’échappe là aussi brillamment, soit grâce à son intelligence, soit grâce au fameux vortex qui tombe toujours à point nommé. Mais tout voyage a un prix, si Lucius parfois regrette que ses séjours au pays des visages plats soient si brefs, il finira par s’y faire « coincer » puisqu’il ne maitrise en rien l’apparition des tourbillons aqueux qui le transportent d’une époque à l’autre. Je vous laisse découvrir la fin de son périple.

La mangaka

Mari Yamazaki est née en 1967, à Tokyo et a grandi à Sapporo. Elle séjourne en Europe, dès l’âge de 14 ans, visitant la France et l’Allemagne, pour finalement s’installer en Italie, où elle étudie la peinture aux beaux-arts de Florence. Elle épousera d’ailleurs le petit-fils de son professeur.

De retour au Japon, elle se lance dans le métier de mangaka, grâce à un concours. Elle publie d’abord Yumeji (en 2000), Kokoro ni Sasayate (en 2003) et repart en Europe, à Lisbonne, pour quelques temps, puis s’installe à Chicago avec son mari. Elle poursuit toutefois son métier et publie trois nouveaux mangas entre 2005 et 2006,

C’est en 2007 qu’elle se lance dans l’histoire de Thermae Romae, qui paraît tout d’abord dans le magazine Comic Beam. Le manga est publié pour la première fois en 2009 et rencontre un franc succès, couronné en 2010 par le « Prix de l’histoire courte » au Prix Culturel Osamu Tezuka, ainsi que le troisième prix du Manga Taisho. La publication de ce manga s’achève en 2013. Casterman, qui a repris la licence pour la France à partir de 2012, a également publié une version « luxe » en trois tomes en 2014.

En parallèle, elle écrit et dessine de nombreux autres mangas et essais, fondés sur ses expériences et sa vie. Une série dérivée de Thermae Romae était prévue en prépublication chez Comic Beam, mais le projet a été repoussé suite à des problèmes de santé de Mari Yamazaki.

Les adaptations

Deux adaptations sont sorties en film, avec des acteurs. Une première en 2012, la seconde en 2014,

Abe Hiroshi, qui incarne Lucius Modestus dans les films, campe son personnage avec tout son talent, et vous fera mourir de rire, alliant flegme et perplexité lorsque Lucius fait face aux nouveautés du monde moderne. Ah oui, il y a même une petite histoire d’amour ! Si le film de 2012 prend quelques libertés et raccourcis avec le scenario du manga, il reste cependant fidèle aux phases humoristiques et vous ne bouderez pas votre plaisir.

Pour celui de 2014, je n’ai pas encore réussi à mettre la main sur une version sous-titrée, mais vu le succès qu’il a connu au Japon à sa sortie, on peut supposer qu’il est d’aussi bonne qualité que le premier.

Une adaptation anime est également disponible, chez Wakanim* (fait par DLE), en streaming gratuit. Elle tient plus du « manga movie » que de l’OAV, mais peut-être visionnée si vous hésitez à acheter le manga, car elle reprend assez fidèlement les premiers tomes sans pour autant vous gâcher la totalité de l’histoire : l’épisode 1 correspond aux deux premiers chapitres du tome 1, l’épisode 2 reprend les deux chapitres suivants. C’est avant tout un anime promotionnel, puisqu’on y aperçoit même l’affiche du film sorti en 2012. L’épisode 3 fait lui un petit bond dans l’histoire, puisqu’il nous mène du onzième au treizième chapitre du tome 3. On sent, dans ce dernier, un petit effort dans la qualité de l’animation, même si ce n’est toujours pas à la hauteur d’un anime classique.

Pour conclure

Thermae Romae est un petit bijou d’humour. Mari Yamazaki nous transmet aussi son amour des bain. Au fil des tomes, elle ponctue également son histoire d’« apartés » parfaitement documentées sur les thermes romains et sur les bains japonais. Elle partage également son expérience « aquaphile » à travers l’Europe, le Japon et l’Amérique et nous raconte quelques anecdotes, vécues « autour » des bains, soit dans sa vie privée, soit dans sa vie professionnelle.

Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est le parallèle entre les thermes romains et les bains japonais. Si nous connaissions tous cet amour partagé par des peuples si éloignés dans le temps (et l’espace) Mari Yamazaki nous le transmet ici avec une grande richesse.

Ceci conclut « notre » premier voyage dans le temps et je vous retrouve pour la prochaine histoire.


Cet article est une republication d’un article paru dans l’édition reliée n° 11 de Mag’zine, que vous :pouvez toujours aller le lire ici.

*Licence expirée chez Wakanim – disponible sur ADN
Une nouvelle adaptation anime, produite par le studio NAZ, est disponible sur Netflix depuis courant 2021 pour les anglo-saxons, et sera disponible à compter du 28 mars 2022 pour les francophones



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Écrit par

Tricoteuse de chiffres IRL. Garde du Mag'zine. Accessoirement Petite Main. Phrase fétiche : « Puissiez-vous vivre des moments intéressants »

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Natsuki

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